Influences, résistances et déplacements
dans les relations culturelles
entre la France et les Etats-Unis
Depuis Tocqueville et Jefferson, les
figures politiques, littéraires et artistiques qui ont illustré la vitalité et
l’animosité des échanges entre les deux
cultures américaine et françaises ne
manquent pas.
Depuis la fin de la seconde guerre
mondiale, le rôle de la pensée française auprès de l’élite universitaire
américaine a été incontestable. Sartre, Foucault, Derrida, Kristeva, Cixous,
Deleuze, Baudrillard … Ces noms essaiment les textes théoriques des années
60-90. Trente ans de French Theory et de Continental Philosophy aux Etats Unis
ont indéniablement développé et étendu la portée de ces théories françaises
au-delà, on le sait, de leurs prémisses.
On sait aussi que déplacements audacieux
opérés par les chercheurs américains ont été considérés avec circonspection par
les intellectuels français, comme si le modèle avait perdu le contrôle de son
influence, laquelle se serait retournée en résistance. En outre, l’héritage de
la pensée française, même « détourné », ne perdrait-il pas aujourd’hui de sa
pertinence ? Ou l’influence changerait-elle de bord, si l’on en juge par
l’engouement du lectorat français pour le polar américain ou par la récente
prise de conscience en France, sous l’influence des Postcolonial Studies
américaines, des enjeux de la culture francophone ?
C’est sous le signe complexe de ces
échanges intellectuels et culturels entre les deux continents qu’est placé ce
numéro d’Echo.
Les textes réunis dans cette nouvelle
livraison de la revue soulèvent des questions touchant à l’artistiques, au
politique, au sociétal et à l’esthétique. La littérature y est
particulièrement mise à l’honneur : Rachel Boué analyse l’image de New York dans
la littérature française des XXe et XXIe siècles ; Alison Rice place au cœur de
ses réflexions les œuvres francophones et la façon dont les universitaires
américains les ont accueillies ; Sabine Van Vesemael interroge la « fiction
transgressive » en France comme dans le monde anglo-saxon ; Véronique Vary
examine l’interprétation du polars américain par les Français ; Bernard Sichère
consacre un texte au désormais canonique James Ellroy ; et Michel Gueldry se
penche sur Yves Berger et Philippe Labro. Point commun de toutes ces analyses ?
La mise en évidence de la richesse des interactions culturelles entre la France
et les Etats-Unis qu’on retrouvera également au cœur des questions posées par
Emmanuelle Deschutter à la jeune artiste Amélie Chabannes, dans le texte
d’Eve-Alice Roustang-Stoller portant sur le féminisme américain et dans
l’analyse que fait Pierre-Louis Fort de la réception d’American Vertigo. Enfin,
last but not least, le lecteur pourra lire ici un texte de Julia Kristeva,
témoignage précieux et sensible de celle qui se définit comme « une citoyenne
européenne, française de nationalité, bulgare de naissance et américaine
d’adoption ».
Pierre-Louis Fort