Julie Beaulieu
À Duras, pour qui c'est par le manque
qu’on dit la chose.
Tant de désir
Seule une voix grisée
en creux de l’image
dévoile timidement la blancheur de son
sein
lorsque allongée dans sa robe vermeille
comme placée dans l’attente éternelle
l’absence de la chose
sous cette épaisse lumière
un cri dans la nuit noire
originel comme les empreintes sur la
paroi érodée
ces mains
libérées du jour
comme cet appel à mourir
qui glisse sur la brise saline
qui fait écho à la pluie d’été
aux abords du château déserté
à l’aube du jour
alors que monte la mer sur les roches
noires
je me penche pour ramasser
ce qui reste de ça
de vous
de cet éclat lumineux de votre amour
l’oubli de la chose miroite
écrite
dite
lue
vue
sur une plage de l’Atlantique
muette de ce qui n’a pas eu lieu
tant de désir
tant de mirage dans cette chaleur
que le désert blanc n’a pu soutenir
tant de misère dans cette poussière
humide
que le vent n’a pu balayer
tant de souvenirs qui se meurent
enfouis dans les bras chargés d’une mer
sombre
© 2005 Julie Beaulieu
Julie
Beaulieu est chargée de cours à l’université de Montréal en études
cinématographiques et en littérature comparée. Elle a récemment traduit en
français, avec Eric Alloi, An Anagram of Ideas on
Art, Form and Film de Maya Deren, cinéaste d’avant-garde américaine. Elle
collabore fréquemment aux revues Terra Nova, Postscriptum.org.