Ce numéro d’Echo consacré à l’absence aura
suscité un éventail de textes allant d’analyses théoriques sur Claude
Louis-Combet ou Olivier Rolin à de nombreuses fictions, poèmes intimistes et
nouvelles, en passant par un témoignage, un entretien et un essai sur la
peinture de Manet. C’est dire combien l’absence est protéiforme et combien elle
s’infiltre en écriture. Viennent à l’esprit Roland Barthes et Fragments d’un
discours amoureux et le lumineux exemple de la « vraie » conversation
téléphonique qui ne commencerait qu’après qu’on ait raccroché, tant il est vrai
que toute absence est une construction ou plutôt une reconstruction de présence.
Dans les poèmes de Julie Beaulieu, Cédric
Jamet et Deborah Heissler, c’est autour de l’absence de l’être aimé que se
construit une absence incantatoire, dans cette tension entre présent et passé,
ici et ailleurs. Dans le texte de Deborah Wilwerth, l’absence à soi est à
l’origine de la re-création de soi. Chantal Colomb-Guillaume nous propose une
promenade évocatrice à Pomayrols, où pierres du village et pierres des stèles se
conjuguent pour évoquer la mémoire d’une lignée. Tel un écho, la fiction de
Daniel Leduc réinvente la trace du fils disparu en mer en lui donnant une
sépulture vide. Avec Colette Mazure, nous écouterons l’absence faite voix dans
une création polyphonique sur fond de Rome antique. Olivier Bercault, dans
quelques pages d’une brûlante actualité, se fait le témoin de témoins.sur les
disparitions en Algérie. A ce dernier, répond l’analyse de Nancy Arenberg sur
Femme sans sépulture d’Assia Djebar, où le corps effacé est immortalisé
dans la pierre.. Dans son entretien avec Fabrice Rozié, Rachel Boué retrace la
part de l’absence dans la correspondance de Simone de Beauvoir et Nelson Algren,
à l’origine de la pièce Liaison Transatlantique. C’est de peinture qu’il
s’agira avec Emilie Stizia qui se penche sur la représentation de l ‘absence
chez Manet, où comment rendre le vide des coeurs visible. Patrick Erouart, à
l’occasion des obsèques d’un ami, fait surgir un réseau intertextuel de mythes
et d’Histoire.
A n’en pas douter, l’absence en ce qu’elle
existe par des traces de présence est intimement liée à l’acte même d’écrire.
C’est ce que nous rappellent les études théoriques proposées dans ce numéro:
Stéphane Lavauzelle évoque « la vacance d’être » chez Louis-Combet , Ruth Amar
traite de la suspension du sens à travers l’absence narrative chez Olivier
Rolin, tandis qu’Aude Pichon relit pour nous Becket, grand maître de l’absence,
née de la prolifération d’hypothèses.
Reconstruction lourde de sens, littérature
du néant ou fantôme de littérature, connaître l’absence c’est surtout prendre
conscience de son néant, dans un jeu de lumières allumées ou éteintes pour
signifier l’existence qui ne serait pas ou plus là.
Ida Kummer