Echo

Au croisement des cultures


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ECHO (POLYGLOT.COM)

 

Pierre-Louis Fort

 

 

          Etymologiquement, le mot « echo » (latin echo, grec êkhô) signifie « bruit, son répercuté ». Cette définition ne renvoie qu’à la dimension physique et prosaïque d’un phénomène naturel, apparemment peu propice à l’éveil esthétique ou à l’enrichissement spirituel.

          « Son répercuté » : voilà qui n’est pas prometteur. Ne s’agirait-il que d’une banale répétition, d’une redite courant le risque de l’affadissement et de l’atténuation ? Ainsi de l’expérience du petit prince de Saint Exupéry, fraîchement arrivé sur Terre :

-         Bonjour, dit-il à tout hasard.

-         Bonjour... bonjour... bonjour... répondit l'écho.

-         Qui êtes-vous? dit le petit prince.

-         Qui êtes-vous... qui êtes-vous... qui êtes-vous... répondit l'écho.

          Déçu, il conclura : « Quelle drôle de planète […] Elle est toute sèche, et toute pointue et toute salée. Et les hommes manquent d’imagination. Ils répètent ce qu’on leur dit…. » (Le Petit Prince, Chapitre XIX). Le phénomène n’est pourtant pas sans magie comme en témoigne George Sand qui, enfant, le découvrit avec trouble (« je n’y comprenais rien ») et exaltation (« j’étudiai ce prodige avec un plaisir extrême»). (Histoire de ma vie, IIè partie, chapitre XIII )

 

          Echo : « bruit, son répercuté ».

Bruit, son, mais pas seulement : il peut également être paroles.

Répercuté, comme répété, certes, mais aussi comme transmis.

 

           L’écho, c’est ainsi la voix qui ne meurt pas dans l’évanouissement de l’instant, c’est l’énoncé qui transcende l’énonciation, c’est un temps sorti du temps. Un temps qui continue. Une mémoire qui se perpétue. L’écho comme témoignage donc, comme rappel, comme souvenir. L’écho comme vibration de vie. Organique et psychique. De la vie psychique de chacun puisque tout extérieur qu’il soit, l’écho est aussi ce qui entre en nous et nous dépasse– à notre corps défendant parfois– pour nous mettre en mouvement.

          Echo – Echopolyglot – se veut promesse et entraînement. Echo veut se faire « l’écho sensible de » tout étant « écho critique à ». Echo ne veut pas être bruit mais chant – avec la grâce d’une correspondance, d’une résonance, d’une tonalité –, non pas arrêt mais départ, non pas fin mais début.

         

Echo,

 Echopolyglot,

quelque chose comme le « bruissement de la langue », qui se forme et se déforme, quelque chose comme la rencontre des cultures, qui se mêlent et se démêlent.

Echo (polyglot) : Croisement des langues et des cultures

Echo (polyglot) : A polyglot and cross cultural journal

 

***

 

          Le premier thème choisi pour cette aventure est « l’illisible ». La connotation péjorative de l’adjectif s’impose très vite. L’illisible ? Tout simplement et tout spontanément, ce qui est difficile à lire ou à déchiffrer, non seulement au sens concret– papier, écriture, image– mais aussi au sens abstrait – pensée, raisonnement, texte.

           L’illisible comme thème déceptif alors ? Loin de là, cette première livraison d’Echo le prouve qui met en évidence la richesse et l’importance première de l’illisible. Richesse esthétique, narrative et réflexive. Car c’est souvent dans l’illisible et par l’illisible qu’il peut y avoir du jeu, du jeu de sens et de renaissance.

          Les textes proposés ici par Anthony Aiello ( « Equipment, Gulf War Poems »), Rachel Boué (« L’illisible ou la tentation de l’écriture »), Patrick Erouart-Siad (« La ville illisible »), Julia Kristeva (« Byzantine identité »), Isabelle Rossignol ( « Voix de Jérusalem »), Alain Sancerni (« La verrition ou le travail de l’illisible ») et Antoinette Sol (« Trials and Tribulations : Readings and Misreadings of the Revolutionary Body in French Women Novelists, 1792- 1799 »), explorent tous une des multiples dimensions de l’illisibilité et constituent autant de variations sur ce thème, à travers l’espace et le temps, en questionnant aussi bien le passé que l’actualité. Que ce soit dans le voyage, dans la pensée, dans l’art ou dans la littérature la force de l’illisible et son poids créatif sont ainsi soulignés.

          Sept textes pour ce numéro inaugural, sept textes qui « entrent en écho », non parce qu’Echo les reçoit et se constitue comme le médium nécessaire à leur répercussion mais parce que, à bien les lire, on les voit s’appeler et s’interpeller, se nourrir les uns des autres pour montrer que l’illisibilité est une source féconde et jamais épuisée, sans cesse renouvelée et réinvestie, à visiter et interroger, encore et encore.

 

© 2004 Pierre-Louis Fort