Echo

Au croisement des cultures


numéro en cours sur écho numéros précédents participation

current issue about echo past issues submissions

 

 

JACQUES DERRIDA ET LE SECRET

D'UNE ECRITURE LITTERAIRE

 

Francesca Manzari

 

 

Difficile tâche que celle de dire ce que le secret aura été pour Jacques Derrida. Parmi les occurrences de ce mot dans l’écriture derridienne trois, au moins, semblent être les plus représentatives :

« Le secret, ce n’est pas seulement quelque chose, un contenu qu’il y aurait à cacher ou à garder par-devers soi. Autrui est secret parce qu’il est autre. Je suis secret, je suis au secret comme un autre. Une singularité est par essence au secret[1] ».

« Un texte n’est un texte que s’il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu. Un texte reste d’ailleurs toujours imperceptible. La loi et la règle ne s’abritent pas dans l’inaccessible d’un secret, simplement elles ne se livrent jamais, au présent, à rien qu’on puisse rigoureusement nommer une perception[2] ».

« Michel Lisse a pensé qu’il n’était pas trop injustifié ( c’est […] une responsabilité que je lui laisse en même temps que je lui en rends grâce) d’associer mon nom à ce trop beau titre, passions de la littérature. Il m’aura ainsi encouragé à confesser, s’il n’est pas trop tard pour le faire, fût-ce au futur antérieur, que le nom et la chose nommée « littérature » restent pour moi, jusqu’à ce jour, autant que des passions, des énigmes sans fond. Autant dire que Michel Lisse, de cela aussi je veux le remercier, en me jetant la tête la première sur la littérature, me rappelle que rien pour moi ne reste à ce jour aussi neuf et incompréhensible, à la fois tout proche et étranger, que la chose nommée littérature[3] ».

 

Ce triple exergue semble renvoyer à un double secret, celui de l’autre et celui de l’écriture qui se révèlent être, dans la philosophie derridienne, un seul et même secret, celui du surgissement de l’autre dans l’écriture. Il s’agit ici d’une définition autre de la différance, du mouvement d’itérabilité du texte. Le moment d’écriture présuppose une présence-absence de l’autre qui viendra lire le texte, qui “ arrivera à ” lire le texte, puisque le texte est lui-même écrit et donné dans l’attente de l’autre : « un signe écrit s’avance en l’absence du destinataire[4] ». Toutefois, l’absence ne saura être éternelle et le texte écrit dans son « itérabilité » attend le surgissement de l’autre, « iter, derechef, viendrait de itara, autre en sanskrit, et tout ce qui suit peut être lu comme l’exploitation de cette logique qui lie la répétition à l’altérité[5] ».

Nous nous proposons ici de travailler autour de trois textes, « La pharmacie de Platon », Circonfession[6] et « Edmond Jabès et la question du livre »[7], dans le but de montrer comment le « secret » de l’écriture aurait, dans la philosophie derridienne, un rapport à la mort, au sang, à l’errance, à l’absence et au livre.

Dans « La pharmacie de Platon », Derrida démontre le caractère paradoxal d’une idée fondatrice de la tradition philosophique logocentrique de Platon jusqu’à Heidegger : celle d’une prédominance de l’oralité sur l’écriture, ce rapport entre oralité et écriture serait une des représentations de l’opposition platonicienne entre vérité et apparence. À travers une analyse attentive de l’écriture des dialogues de Platon, Derrida explique la conception platonicienne de l’écriture selon laquelle la vérité réside dans l’oralité du logos et l’écriture ne saurait être une véritable restitution de la réalité. Sur un plan métaphorique, Platon considère le discours oral et le discours écrit comme deux fils, le premier, accompagné par un père et le deuxième, orphelin. Le “ père ” auquel Platon se réfère est le « bien-père-capital-soleil » qui est à l’origine du monde des formes. Derrida écrit à ce propos : « La figure du père, on le sait, est aussi celle du bien (agathon). Le logos représente ce à quoi il est redevable, le père qui est aussi un chef, un capital et un bien[8] ». Le père est aussi la lumière intelligible qui ne peut pas être regardée, la vérité dont seulement le logos peut restituer une image. Le logos est le fils du bien. Derrida cite Platon qui fait dire à Socrate dans la République (VII, 515 c sq) : 

Eh bien, maintenant, sache-le, repris-je, c’est le soleil que j’entendais par le fils du bien, que le bien a engendré à sa propre ressemblance, et qui est, dans le monde visible, par rapport à la vue et aux objets visibles, ce que le bien est dans le monde intelligible, par rapport à l’intelligence et aux objets intelligibles[9].

 

Le logos est prononcé en présence du père qui a conçu le discours, le discours écrit, au contraire, est orphelin. Son père est mort, il a été tué par son fils.

Derrida affirme que le parricide est intrinsèque à l'écriture : « nous disons que Platon écrit à partir de la mort du père », Socrate. Platon écrit donc à partir de la mort de Socrate. Cela revient à dire que Platon écrit à partir du « parricide du Sophiste ». Le Sophiste est le dialogue dans lequel l’Étranger explique à Théétète la nécessité du parricide.

L’ÉTRANGER: C’est qu’il nous faudra nécessairement, pour nous défendre, mettre à la question la thèse de notre père Parménide (Ton tou patros Parmenidou logon) et, de force, établir que le non-être (mè on) est , sous un certain rapport, et que l’être (on), à son tour, en quelque façon, n’est pas[10].

 

Le commentaire derridien est le suivant « Sans l’irruption violente, contre la vénérable et paternelle figure de Parménide, contre sa thèse de l’unité de l’être, sans l’intrusion, l’irruption de l’autre et du non-être comme autre dans l’unité de l’être, l’écriture et son jeu n’auraient pas été nécessaires. L’écriture est parricide[11] ». L’écriture naît comme possibilité de l’autre. Le surgissement de l’autre, le début de l’écriture renvoie toujours, dans la philosophie derridienne à une expérience de la mort. Cela pour plusieurs raisons, au moins trois : la hantise du fantôme, l’endettement de l’écrivain et du lecteur-écrivain, et la signature.

Dans Spectre de Marx[12], Derrida aborde le sujet de la pensée spectrale. Il affirme que l’époque des Lumières a contribué à un refoulement de l’idée de l’existence du spectre, du fantôme. Le temps est venu d’affronter ces fantômes. Il s’agit des écrivains qui sont morts ou qui vont mourir. Ils nous ont légué des textes, la trace de leur esprit. Nous ne pouvons pas nous passer de les lire puisque nous sommes des héritiers, des héritiers endeuillés comme tous les héritiers. L’héritage est dans la philosophie de Jacques Derrida une tâche, une tâche à accomplir. Christian Ferrié écrit à propos de la lecture de Spectre de Marx: « Tel est justement l’intérêt de Spectre de Marx que de nous apprendre que nous sommes cernés par les fantômes qui nous hantent[13] ». Il continue en citant Derrida: « ils sont toujours là, les spectres, même s’ils n’existent pas, même s’ils ne sont plus, même s’ils ne sont pas encore[14] ». Le souffle de l’esprit de l’auteur vit dans la lettre du texte. La chair disparaît mais l’esprit revit dans la lecture. En expliquant la vision derridienne du rapport entre lecteur et écrivain, Ferrié écrit:

D’accord avec le motif selon lequel il émane du texte quelque chose comme de l’esprit mais plus d’un (seul)!, récusant la métaphore glissante du corps mort pour lui préférer celle de la trace, Derrida s’attache à expliquer que la hantise est le maître-mot de la relation qui s’établit entre les générations et, en particulier, entre l’écrivain qui lègue et le lecteur qui hérite[15]. 

Le lecteur est hanté par le fantôme, il le chasse et le fantôme, en retour, ne « lâche pas sa proie ».

Dans sa propre expérience d’écrivain, le secret de l’écriture derridienne est celui de la mort de la mère qui emporte avec elle les raisons de la trahison subie lors de la circoncision. La scène de la mort de la mère est évoquée au nom de l’écriture, lors d’un moment d’écriture. Circonfession est un texte autobiographique, l’histoire de la maladie de sa mère est en relation avec une réflexion sur l’importance et le signifié de l’écriture.

[…] J’écris ici au moment où ma mère ne me reconnaît plus et où, capable encore de parler ou d’articuler, un peu, elle ne m’appelle plus et pour elle et donc de son vivant je n’ai plus de nom […][16].

[…] Le lecteur aura cru comprendre que j’écris pour ma mère, peut-être même pour une morte et tant d’analogies anciennes ou récentes lui viendront à l’esprit même si non, elles ne tiennent pas, ces analogies, aucune, car si j’écrivais ici pour ma mère, ce serait pour une mère vivante qui ne reconnaît pas son fils et je périphrase ici pour qui ne me reconnaît plus, à moins que ce ne soit pour qu’on ne me reconnaisse plus, autre manière de dire, autre version, pour qu’on croie me reconnaître enfin, mais quelle crédulité, car voici la base de l’improbable, improbable est ici-bas le nom[17].

 

Derrida évoque ici la question du nom, de la signature. Le thème de la mort, du nom propre et de la signature s’entrelacent. Face à la mort, l’écrivain cherche à s’échapper en signant son œuvre. Pourtant, écrit Geoffrey Bennington, « le nom propre porte la mort de son porteur en assurant sa vie et en l’assurant de et sur sa vie[18] ». Le nom propre, étant un signe, présuppose la possibilité de la nomination même lorsque le porteur du nom propre est absent, aussi lorsqu’il est mort. Il est possible donc de conclure qu’un nom propre marque la mort de son porteur. La marque qui identifie le porteur le prive de lui-même en annonçant sa mort. Mais l’écrivain signe son texte « la signature, et c’est justement ce qui la distingue du nom propre en général, essaie de rattraper le propre qu’on a vu se déproprier aussitôt dans le nom[19]». L’écrivain signe à chaque fois qu’il écrit un texte. La condition de toute signature est donc la possibilité de répétition qui ne diminue pas sa condition de vérité, elle entraîne la possibilité pour le texte d’être repris par un autre. L’autre est, à la fois, l’auteur qui se relit et contresigne son texte et le lecteur. Dans un chapitre de Derridabase intitulé La signature, Bennington traite du rapport existant dans l’œuvre derridienne entre lecture et écriture.

La signature du texte appelle la contresignature du lecteur, comme c’est le cas de toute signature: nous voyons mieux maintenant que la contresignature qu’elle appelle est essentiellement la contresignature de l’autre, fût-ce moi-même. […] Nous remarquons encore une fois l’altérité qui seule permet la constitution de quelque chose comme un sujet. Ce que plus haut nous pensions comme une lecture qui accompagnait toute écriture et même la précédait, la «soufflait», nous le pensons maintenant comme un jeu de signature se contresignant, et donc s’engageant mutuellement[20].

 

Il s’agit de la raison pour laquelle tout effort de l’auteur pour marquer la propriété de son texte est vain. Tout texte naît de l’héritage et se fait héritage, il vit dans le rapport qu’il instaure avec son lecteur. Derrida pousse le raisonnement jusqu’à écrire qu’il est possible de considérer une signature comme réussie seulement lorsqu’elle est contresignée par l’autre[21]. Dans l’introduction à La pharmacie de Platon, Derrida utilise, pour le texte, la métaphore d’une toile dont la texture est inextricable, au lecteur la tâche d’en suivre les fils pour parvenir à la compréhension. Cela pourrait prendre des siècles puisque un texte « cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu ».

Réservant toujours une surprise à l’anatomie ou à la physiologie d’une critique qui croirait en maîtriser le jeu, en surveiller à la fois tous les fils, se leurrant aussi à vouloir regarder le texte sans y toucher, sans mettre la main à l’«objet», sans se risquer à y ajouter, unique chance d’entrer dans le jeu en s’y prenant les doigts, quelque nouveau fil. Ajouter n’est pas ici autre chose que donner à lire. Il faut s’arranger pour penser cela: qu’il ne s’agit pas de broder, sauf à considérer que savoir broder c’est encore s’entendre à suivre le fil donné[22].

Derrida parvient à la conclusion qu’il existe une unité de lecture et d’écriture, comme s’il s’agissait d’un seul geste mais dédoublé. Le risque du lecteur-écrivain est double, son travail demande le juste milieu entre les deux excès opposés, la tendance à vouloir trop en rajouter et l’incapacité d’écrire causée par l’effet négatif de la « prudence méthodologique », « même niaiserie, même stérilité du “pas sérieux” et du “sérieux”[23] ». Geoffrey Bennington souligne à ce propos qu’il serait possible de considérer la contresignature comme un acte de violence. Le préfixe « contre », d’ailleurs est un préfixe de contestation. Nous en retrouvons l’épreuve dans La pharmacie, l’écriture est parricide, elle est un fils bâtard. La question se pose alors de savoir s’il peut exister de la fidélité dans l’acte de lecture-écriture. Une fidélité pleine conduirait le lecteur-écrivain au silence, à la feuille blanche.

Et comme il ne saurait y avoir de lecture totalement respectueuse d’un texte, car un respect total interdirait même de toucher au texte, d’ouvrir le livre, il ne saurait y avoir de contresignature absolument respectueuse de la signature qu’elle contre-signe, sous peine de se confondre avec cette première signature et donc ne plus contresigner du tout[24].

 

Toutefois l’infidélité de l’écriture du lecteur est invoquée par la signature de l’auteur. Si le lecteur s’endette envers l’auteur en lisant son texte, l’auteur s’endette envers le lecteur. La signature de l’auteur est endettée et elle attend la réponse du lecteur. Cette double scène d’endettement nous rappelle l’épisode de la tour de Babel que Derrida reprend dans l’essai Des Tours de Babel[25]. Dieu punit les hommes d’avoir voulu construire à hauteur des cieux mais surtout d’avoir voulu ainsi «se faire un nom», et «s’assurer une généalogie unique et universelle».

Par ressentiment contre ce nom et cette lèvre unique des hommes, il impose son nom, son nom de père ; et de cette imposition violente il entame la déconstruction de la tour comme de la langue universelle, il disperse la filiation généalogique. Il rompt la lignée. Il impose et interdit à la fois la traduction[26].

 

Dieu clame son nom de père “Babel” qui, dans la langue sémite, veut aussi dire, « confusion ». Babel est donc nom propre et nom commun. L’idiome imposé par Dieu aux hommes porte en lui-même la marque de la confusion. « La traduction devient alors nécessaire et impossible comme l’effet d’une lutte pour l’appropriation du nom, nécessaire et interdite dans l’intervalle entre deux noms absolument propres[27] ». La colère de Dieu endette les hommes envers la traduction mais en clamant son nom Dieu s’endette lui-même envers les hommes.

Quand Dieu leur impose [aux Sémites] et oppose son nom, il rompt la transparence rationnelle mais interrompt aussi la violence coloniale ou l’impérialisme linguistique. Il les destine à la traduction, il les assujettit à la loi d’une traduction nécessaire et impossible ; du coup de son nom propre traduisible-intraduisible il délivre une raison universelle […] mais il en limite simultanément l’universalité même : transparence interdite, univocité impossible. La traduction devient la loi, le devoir et la dette mais de la dette on ne peut plus s’acquitter. Telle insolvabilité se trouve marquée à même le nom Babel : qui à la fois se traduit et ne se traduit pas, appartient sans appartenir à une langue et s’endette auprès de lui-même comme autre[28].

 

 Nous ne pouvions pas passer sous silence cette scène de double endettement puisque, dans la conception derridienne, la figure de l’écrivain est liée à la figure de Dieu. Dans l’essai sur Edmond Jabès et la question du livre, en traitant de l’absence de l’écrivain dans l’écriture, Derrida rapproche la figure de Dieu et celle de l’écrivain. Dieu est, dans l’œuvre du poète juif, le Tout et le Rien. Jabès écrit:

« Si parfois, écrivait Reb Servi, tu penses que Dieu ne te voit pas, c’est parce qu’il s’est fait si humble que tu le confonds avec la mouche qui bourdonne sur le carreau de ta fenêtre. Mais là est la preuve de sa toute-puissance ; car Il est, à la fois, le Tout et le Rien.[29] »

 

De la même façon que Dieu, l’écrivain, le créateur du livre, s’y efface, il est absent dans le livre puisque il est « le conteur. Seul le conte est réel », l’écrivain n’est «personne». La volonté de l’écrivain qui cherche à imposer son nom propre, sa signature, agit à l’instar du Dieu de Babel qui clame son nom. Ainsi faisant, l’écrivain produit l’endettement du lecteur mais se place lui-même dans une position de demande qui constituera son propre endettement. Dieu et l’homme ont un destin commun.

« […] Dieu, Maître du vent, Maître du sable, Maître des oiseaux et des poissons, attendait de l’homme le livre que l’homme attendait de l’homme ; l’un pour être enfin Dieu, l’autre pour être enfin l’homme… »

« Toutes les lettres forment l’absence. Ainsi Dieu est l’enfant de Son nom. »

Reb Tal[30].

 

“ « Il y a le Livre de Dieu par lequel Dieu s’interroge et il y a le livre de l’homme qui est à la taille de celui de Dieu. »

Reb Rida[31]. ”

 

Le thème de l’endettement vient se placer entre ceux de l’écriture et de la mort : toute expérience de l’autre entraîne un endettement réciproque contracté suite à une pensée de la mort. L’écriture serait ici cette expérience de l’autre, elle est une rencontre au cours de laquelle les écrivains-lecteurs qui contractent la dette sont conscients du fait que l’un survivra à l’autre, vivra en mémoire de l’autre et en portera le deuil[32].

Dans Circonfession, en sus du rapport à la mort, le thème de l’écriture est également lié à celui du sang.Tout commence par une phrase prononcée par un infirmier, lors d’une prise de sang, le matin du 29 novembre 1988 : « trouver la veine ». L’expression représente métaphoriquement le seul désir que l’auteur ait jamais vraiment nourri, à côté duquel tous les autres semblent disparaître. Le sang qui sort du corps de l’auteur provoque une série d’enchaînements de métaphores sur l’acte d’écriture.

[…] La peur et la vague d’un glorieux apaisement s’emparaient à la fois de moi, me prenaient aveugle dans leurs bras à l’instant précis où par la pointe de la seringue s’assurait un passage invisible, toujours invisible, pour l’écoulement continu du sang, absolu, absous en ce sens que rien ne semblait s’interposer entre la source et l’embouchure, le dispositif assez compliqué de la seringue n’étant introduit à cette place que pour laisser le passage et disparaître en tant qu’instrument, mais continu en cet autre sens que […] le sang eût pu inonder encore, non pas indéfiniment mais continûment jusqu’à m’épuiser, aspirant ainsi vers lui ce que j’appelai : le glorieux apaisement[33].

 

Derrida rêve d’une plume qui soit une seringue, « une pointe aspirante », plutôt qu’un instrument dur avec lequel accomplir l’exercice douloureux de l’écriture qui filtre la pensée là où il suffirait de trouver la veine pour s’abandonner à l’écoulement d’une vie qui sort à l’extérieur du corps, le «dedans de la vie» qui s’exhibe « tout seul au dehors ». Le sang représente, dans la métaphore derridienne, le « dedans de la vie ». Il existe, à en croire le raisonnement du philosophe français, un lien entre une veine crurale et la langue dans laquelle nous écrivons, mais aussi entre la langue et la circoncision, entre la circoncision, la lettre et Dieu. La veine crurale qui expulse le sang de Derrida au dehors de son corps provoque dans le philosophe le souvenir d’un vocable, « cru », qui à son tour est lié à une expression française, «parler cru», parler sans ménagement, de façon directe. Or, en latin il existe deux vocables pour indiquer le sang, l’un, cruor, le sang des blessures, le sang versé, l’autre sanguis le sang de la circulation dans le corps. C’est bien une veine crurale qui évoque pour Derrida l’image d’un moment d’écriture puisque nous pouvions déjà lire, dans son essai sur Edmond Jabès et la question du livre, que « ce que Jabès nous apprend, c’est que les racines parlent, que les paroles veulent pousser et que le discours poétique est entamé dans une blessure[34] ». Le sang qui sort de la blessure, l’écriture du poète est le cruor, le sang versé. Mais la blessure est aussi le produit d’un acte de violence, le vocable « cru » suggère au philosophe de la déconstruction des images d’écriture, apparaissant l’une après l’autre. Ainsi lisons-nous de la cruauté[35] du sang et nous prononçons, de la même façon le vocable « cru »et un autre vocable, la « crue ». Elle, qui accélère le cours de l’eau, vient, dans le texte, dans le rêve derridien, accélérer le cours du sang, pour que le « dedans » sorte à l’extérieur le plus vite possible.

La description du rêve d’écriture emmène avec lui celui de la langue et Derrida écrit qu’il rêve d’une « langue crue » : « depuis ce rêve en moi depuis toujours d’une langue toute crue, d’un nom à demi fluide aussi, là, comme le sang[36] ». Ce nom, son nom, sa signature, serait prononcé dans une langue qui le « lèche d’une flamme », qui forme autour de lui une circonférence. Il écrit: « ma langue, l’autre, celle qui depuis toujours me court après, tournant en rond autour de moi, une circonférence qui me lèche d’une flamme et que j’essaie à mon tour de circonvenir[37] ». Et ici, nous pouvons entendre le mot « circonvenir » dans son sens propre, « agir sur quelqu’un avec ruse et artifice, pour parvenir à ses fins[38] », mais aussi dans son sens latin de circumvenire, « venir autour, assiéger, accabler[39] ». Dans cette langue Derrida cherche une phrase et se cherche dans une phrase[40] de la même façon dont Edmond Jabès se pose la question, dans le Livre des questions[41] : «  Quelle différence y a-t-il entre choisir et être choisi lorsque nous ne pouvons faire autrement que nous soumettre au choix?[42] ». Il existe, pour Derrida, un rapport entre la recherche dans sa langue et la circoncision.

[…] Et depuis une période circonrévolue au bout de laquelle je dise je et qui ait la forme enfin, ma langue, une autre, de ce autour de quoi j’ai tourné, d’une périphrase l’autre, dont je sais que cela eut lieu mais jamais, selon l’étrange tournure de l’événement de rien, le conturnable ou non qui se rappelle à moi sans avoir eu lieu, je l’appelle circoncision […][43].

 

L’idée du texte Circonfession naît d’un pari amical entre Derrida et Bennington. Ce dernier se proposait de systématiser la pensée derridienne. Derrida aurait dû chercher à échapper, dans son texte, à cette systématisation. Les deux amis s’était accordés sur le fait que Bennington n’aurait pas eu le droit de modifier son texte après la lecture de Circonfession.  L’idée de vouloir systématiser l’œuvre derridienne présuppose une profonde compréhension de l’écriture du philosophe français. Derrida conseille à Bennington, dans Circonfession, de répondre à « l’improbable question de ce qu’est le sang pour lui [Derrida], depuis toujours ». L’épisode de la circoncision représente pour Derrida le début d’une passion pour l’écriture, elle est « le contournable ou non qui se rappelle à lui[44] sans avoir eu lieu », « inoubliable », elle l’a « porté là où il a dû se rendre[45] », à savoir à l’écriture. L’écriture est intitulée Circonfession, « un aveu sans vérité qui tourne autour de lui même », « un aveu sans “hymne” (hymnologie) et sans “vertu” (arétalogie) », puisque la question se pose de savoir ce que serait une confession, Derrida cite saint Augustin, « cur confitemur Deo scienti », « pourquoi nous nous confessons à Dieu, alors qu’il sait (tout de nous)[46] ». Nous pourrions trouver la réponse à cette question dans l’essai sur l’écriture d’Edmond Jabes. Dans l’œuvre de Jabès nous retrouvons le thème du judaïsme et de l’écriture.

Il s’agit d’un certain judaïsme comme naissance et passion de l’écriture. Passion de l’écriture, amour et endurance de la lettre dont on ne saurait dire si le sujet en est le Juif ou la Lettre elle-même. Racine peut-être commune d’un peuple et de l’écriture. Destinée incommensurable en tout cas, qui ente l’histoire d’une « race issue du livre…»[47].

Sur l’« appartenance » de Derrida au judaïsme beaucoup a été écrit. Derrida a toujours manifesté sa perplexité envers cette volonté des journalistes et des critiques qui veulent lier la lecture déconstructionniste des textes, patiente, vigilante, interminable, avec la tradition juive. Il affirme que sa familiarité avec la culture juive est « hélas bien faible et indirecte[48] », il le regrette et, en avouant que son écriture remémore une glose juive, les commentaires des talmudistes, il souligne que l’effet n’est pas recherché, que cela ne dépend pas d’un choix ou d’un désir. L’attitude derridienne envers les textes ne connaît pas de présupposés religieux, pourtant le philosophe ne nie pas une sacralisation du texte.

Le texte de l’autre doit être lu, interrogé sans merci mais donc respecté, et d’abord dans le corps de sa lettre. Je peux interroger, contredire, attaquer ou simplement déconstruire une logique du texte venu avant moi, devant moi, mais je ne peux ni ne dois le changer.

Il y a dans le respect de la lettre l’origine d’une sacralisation[49].

 

Nous ne cherchons pas ici à prouver un judaïsme inconscient de Jacques Derrida. Il nous suffit de souligner que Derrida partage la considération du discours poétique de Jabès. L’idée que Derrida reprend de Jabès est celle d’un devoir poétique, d’une écriture comme «convocation». Le père de la déconstruction considère la condition du Juif comme symbole de la condition du poète.

Et par une sorte de déplacement silencieux vers l’essence, qui fait de ce livre [Le Livre des questions] une longue métonymie, la situation judaïque devient exemplaire de la situation du poète, de l’homme de parole et d’écriture. Celui-ci se trouve, dans l’expérience même de sa liberté, livré au langage et délivré par une parole dont il est pourtant le seigneur.

« Les mots élisent le poète…[50] »

 

Nous reviendrons, dans la troisième partie de cette étude sur les thèmes du Juif et du poète. Reprenons ici les thèmes du sang, de la mort, de la circoncision et de l’écriture. Dans Circonfession, l’écriture derridienne est entamée par la blessure de la mort de sa mère. L’écriture vient représenter, pour le philosophe, la cautérisation de la blessure.

[…] Et j’écris entre deux résurrections, la donnée puis la promise, compromise à ce monument presque naturel qui devient à mes yeux une sorte de racine calcinée, le spectacle nu d’une blessure photographiée – l’escarre cautérisée par la lumière de l’écriture, à feu, à sang mais à cendre aussi[51].

 

Et la cautérisation est un rappel de la circoncision.

[…] Le contournable ou non qui se rappelle à moi sans avoir eu lieu, je l’appelle circoncision, voyez le sang mais aussi ce qui vient, cautérisation, coagulation ou pas, strictement contenir l’épanchement de la circoncision, l’une, la mienne, la seule […][52].

 

L’écriture qui guérit est un aveu, un aveu sans vérité, puisqu’il est écrit pour quelqu’un qui n’a pas besoin de savoir, Dieu qui connaît tout et auquel Derrida s’adresse, en écrivant, pour connaître un épisode de sa propre vie. Hélène Cixous, amie de Derrida, considère l’écriture comme une façon de connaître notre passé. Elle emploie, pour traiter ce sujet, un vocabulaire analogue à celui du philosophe de la déconstruction.

L’écriture sert à aller chirurgicalement, cruellement, implacablement mais élégamment, avec les instruments de la beauté, au plus près de la chair à vif. C’est une anatomie du cœur qui passe par la recherche non d’une vision passée, mais plutôt d’objets, de scènes appartenant à ce qu’on appelle le passé et qui revient au présent. C’est ce présent du passé qu’on cherche à atteindre[53].

 

La scène du passé que Derrida cherche à atteindre est celle de sa circoncision. Il prend Dieu à témoin pour se reconstituer autour d’un seul événement.

[…] J’accumule au grenier, mon « sublime », documents, iconographie, notes, les savantes et les naïves, les récits de rêves ou les dissertations philosophiques, la transcription appliquée de traités encyclopédiques, sociologiques, historiques psychanalytiques dont je ne ferai jamais rien, sur les circoncisions dans le monde, et la juive, et l’arabe, et les autres, et l’excision, en vue de ma seule circoncision, la circoncision de moi, l’unique, dont je sais bien qu’elle eut lieu, une seule fois, on me l’a dite et je la vois mais je me soupçonne toujours d’avoir cultivé, parce que je suis circoncis, ergo cultivé, une fantastique affabulation[54].

 

Une analyse attentive des thèmes récurrents de l’œuvre derridienne révèlerait, et Derrida même l’avoue dans Circonfession, à quel point la circoncision obsède l’écriture du philosophe.

« Circoncision, je n’ai jamais parlé que de ça, considérez le discours sur la limite, les marges, marques, marches, etc., la clôture, l’anneau (alliance et don), le sacrifice, l’écriture du corps, le pharmakos exclu ou retranché, la coupure/couture de Glas, le coup et le recoudre, d’où l’hypothèse selon laquelle c’est de ça, la circoncision, que, sans le savoir, en n’en parlant jamais ou en parlant au passage, comme d’un exemple, je parlais ou me laissais parler toujours […][55] ».

 

En écrivant, en se confessant à Dieu, Derrida souhaite connaître le secret de sa souffrance, de la circoncision et de la trahison de sa mère qui a accepté qu’il soit circoncis. Le livre, l’écriture de Circonfession, a donc pour but la découverte du secret et une transformation. Il sera un succès s’il donne à Derrida « le sourire divin devant la mort », la sienne et « celle des aimés », s’il l’aide « à aimer plus encore la vie », à aimer la vie de telle sorte qu’il ne ressente plus le besoin d’écrire, puisque « le désir de littérature est la circoncision ». Selon Derrida, la circoncision marque, pour le Juif, le signe d’une coupure avec la vie de la communauté et l’amour avec Abraham. Elle est le symbole de l’errance dans le désert. Le Juif, marqué par cette coupure, est  soumis au pouvoir infini du Dieu jaloux duquel il a voulu se séparer. Le peuple juif, qui voulait être maître de lui-même, s’est retrouvé assujetti à ce pouvoir infini de Dieu. Selon Derrida, le juif incapable de comprendre l’infini, se précipiterait dans le fini et se retrouverait lié à la matière. Dans l’impossibilité de saisir le transcendant, il se soumettrait à une loi incompréhensible, il la subirait dans sa lettre et non dans son esprit. Nous pouvons reconnaître dans la pensée déconstructionniste cet attachement à la littérarité, l’aveu d’une incompréhension de l’infini, l’impossibilité de définir la vérité, l’errance désertique[56]. Dans cette condition du juif liée à l’errance désertique, Derrida voit une métonymie de la condition du poète et de sa possibilité de parler. Jabès est  nourri d’une profonde connaissance de la tradition judaïque, pourtant chez lui tradition n’est pas orthodoxie. Et Jabès, d’ailleurs, reconnaît avoir appris très tard son appartenance au judaïsme. Son œuvre poétique s’inscrit dans une dimension universalisante qui a exposé le poète à la contestation de la communauté juive. Les accusations qui lui ont été portées sont des reproches à son universalisme, son essentialisme, son allégorisme décharné, sa pratique de la « neutralisation de l’événement dans le symbolique et l’imaginaire ». Derrida le cite: « Vous êtes tous Juifs, même les antisémites, car vous avez été désignés pour le martyre[57] ».

« Jabès le poète et le Juif nous paraissent si unis et désunis à la fois » écrit Derrida. Si la communauté juive vit dans l’hétéronomie le poète n’y appartient pas vraiment et Le livre des questions constitue pour Jabès une possibilité d’exprimer sa passion, « traduire en autonomie l’obéissance à la loi du mot », puisque la soumission à la loi sans possibilité de la comprendre conduirait à la folie. La liberté était gravée sur les Tables de la Loi mais elles ont été brisées puisque le peuple juif ne la méritait pas. La liberté, le poème, le droit à la parole, «pousse entre les morceaux de la Table brisée ». Derrida écrit:

Recommence l’aventure du texte comme mauvaise herbe, hors la Loi, loin de «la patrie des Juifs» qui «est un texte sacré au milieu des commentaires…» La nécessité du commentaire est, comme la nécessité poétique, la forme même de la parole exilée. Au commencement est l’herméneutique. Mais cette commune impossibilité de rejoindre le milieu du texte sacré et cette nécessité commune de l’exégèse, cet impératif de l’interprétation est interprété différemment par le poète et par le rabbin[58].

 

Il existera alors deux interprétations, celle du rabbin et celle du poète, cela ouvrira toujours la possibilité d’une interrogation, « le livre de l’homme est un livre de question ». L’importance de l’errance pour la figure du poète réside dans les raisons qui la causent et en ce qu’elle représente. Jabès écrit que «l’écriture est le chemin de Dieu », et Derrida enchaîne: « ce chemin qu’aucune vérité ne précède pour lui prescrire sa rectitude, c’est le chemin dans le Désert. L’écriture est le moment du désert comme moment de la Séparation[59] ». Cette séparation implique l’éloignement du jardin et l’impossibilité d’entendre la voix de Dieu, « le jardin est la parole, le désert écriture ». L’errance est déterminée par la séparation, l’absence de Dieu et l’absence de lieu. Jabès intitule « L’absence de lieu » un poème du recueil Je bâtis ma demeure[60]. Le poète est un nomade dans le désert, son écriture est désertique et sa demeure est « une tente légère, faite de mots dans le désert où le Juif nomade est frappé d’infini et de lettre. Brisé par la loi brisée. Partagé en soi[61] ». À ce propos Derrida remarque que dans la langue grecque, la loi, l’errance et la non-identité à soi ont une racine commune, νέμειν. Autre forme d’absence, celle de l’écrivain.

Écrire, c’est se retirer. Non pas dans sa tente pour écrire, mais dans son écriture même. S’échouer loin de son langage, l’émanciper ou le désemparer, le laisser cheminer seul et démuni. Laisser la parole. Être poète, c’est savoir laisser la parole. La laisser parler toute seule, ce qu’elle ne peut faire que dans l’écrit[62].

 

Notre triple exergue semblait révéler que le secret de l’écriture est, selon Jacques Derrida, un seul et même secret, celui du surgissement de l’autre dans l’écriture. Le secret de l’autre est aporétique en ceci que l’écriture présuppose, à la fois, l’absence d’un lecteur et l’attente de son surgissement. Autrui est le destinataire de la « destinerrance » du texte littéraire. Le poète abandonne sa parole pour que l’autre puisse la retrouver.

Une lecture croisée de « La pharmacie de Platon », de Circonfession et de « Edmond Jabès et la question du livre » semblent pouvoir nous conduire à une conclusion aporétique de la tâche poïétique de l’écrivain dans la philosophie derridienne. Pour Derrida, le secret de l’écriture est un secret paradoxal  parce qu’en définitive il est inexistant :

« La littérature garde un secret qui n’existe pas, en quelque sorte. Derrière un roman ou un poème, derrière ce qui est en effet la richesse d’un sens à interpréter, il n’y a pas de sens secret à chercher. Le secret d’un personnage, par exemple, n’existe pas, il n’a aucune épaisseur en dehors du phénomène littéraire. Tout est secret dans la littérature et il n’y a pas de secret caché derrière elle, voilà le secret de cette étrange institution au sujet de laquelle, et dans laquelle je ne cesse de (me) débattre [...][63] ».

 

 

[1] Entretien d’Antoine Spire avec Jacques Derrida, Jacques Derrida : « Autrui est secret parce qu’il est autre », in « Le Monde de l’éducation », n. 284, septembre 2000, p. 21.

[2] Jacques DERRIDA, « La pharmacie de Platon », in La dissémination, Paris, Éditions du Seuil (« Points essais », n. 265), 1972, p. 79.

[3] Jacques DERRIDA, Demeure, Maurice Blanchot, Paris, Editions Galilée, 1998, pp. 16-17. Nous soulignons.

[4] Jacques DERRIDA, Limited Inc., tr. De Elisabeth Weber, Paris, Galiléé, 1990, p. 27.

[5] Ibidem.

[6] G. BENNINGTON et J. DERRIDA, Jacques Derrida, Paris, Editions du Seuil («Les contemporains»), 1991.  

[7] In L’écriture et la différence, Paris, Éditions du Seuil (« Points essais », n.100), 1967, pp. 99-116.

[8] J. DERRIDA, « La pharmacie de Platon », op. cit., p. 100.

[9] Ibid., p. 102.

[10] La citation est reprise par Derrida, Ibid., p.205.

[11] Ibid., p.204.

[12] Paris, Galilée, 1993.

[13] C. FERRIÉ, Pourquoi lire Derrida? Essai d’interprétation de l’herméneutique de Jacques Derrida, Paris, Editions Kimé, 1998, p.15.

[14] J. DERRIDA, Spectres de Marx, op. cit., p.279.

[15] C. FERRIÉ, Pourquoi lire Derrida?, op. cit., p.10.

[16] J. DERRIDA, Circonfession, op. cit., p.23.

[17] Ibid., pp. 26-27.

[18] G. BENNINGTON, «Derridabase», dans Jacques Derrida, op. cit., p.103.

[19] Ibid., p.140.

[20]Ibid., p. 153.

[21] Cf. J. DERRIDA, L’Oreille de l’autre, textes et débats, Montréal, Editions C. Lévesque et C. McDonald, 1982, p. 119.

[22] J. DERRIDA, La pharmacie de Platon, op. cit., pp. 79-80.

[23] Ibidem.

[24] G. BENNINGTON, Derridabase, op. cit., p.155.

[25] Première version publiée en 1985 dans Difference in translation, éd. Joseph Graham, Cornell University Press (éditions bilingue) et dans «L’art des confins», Mélanges offerts à Maurice de Gandillac, Paris, PUF.

[26] Ibid., p.207.

[27] Ibidem.

[28] Ibid., p. 211.

[29] J. DERRIDA, Edmond Jabes et la question du livre, op. cit., p.106.

[30] Ibid., p. 107.

[31] Ibid., p. 116.

[32] Cf. J. DERRIDA, Psyché. Inventions de l’autre, Paris, Galilée, 1987.

[33] J. DERRIDA, Circonfession, op. cit., pp. 10-11.

[34] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p.99.

[35] L’italique est le notre.

[36] Ibid., p.8.

[37] Ibid., p.7.

[38] Définition du Nouveau Petit Le Robert dictionnaire de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert, 1995.

[39] Ibidem.

[40] Cf. J. DERRIDA, Circonfession, op.cit., p.14.

[41] Paris, Gallimard, 1963.

[42] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p. 100.

[43] J. DERRIDA, Circonfession, op. cit., pp. 14-16.

[44] Dans le texte original nous retrouvons «moi» à la place de «lui».

[45] Ibidem.

[46] Ibid., pp. 7-11.

[47] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p.99.

[48] Entretien d’Antoine Spire avec Jacques Derrida, Jacques Derrida: «Autrui est secret parce qu’il est autre», dans «Le monde de l’education», n. 284, septembre 2000, pp. 14-21.

[49] Ibid., p.17.

[50] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p.100.

[51] J. DERRIDA, Circonfession, op. cit., pp. 54-55.

[52] Ibid., p.16.

[53] H. CIXOUS, propos recueillis par Aliette Armel, « Le moi est un peuple », dans « Magazine littéraire », numéro intitulé Les écriture du moi, de l’autobiographie à l’autofiction, n. 409, mai 2002, p.26.

[54] J. DERRIDA, Circonfession, op. cit., pp. 58-60.

[55] Ibid., p. 70.

[56] Cf. G. BENNINGTON, Derridabase, op. cit., pp.270-274.

[57] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p. 112.

[58] Ibid., p. 102.

[59] Ibid., p.104.

[60] (Poèmes, 1943-1957), Paris, Gallimard, 1959.

[61] J. DERRIDA, Edmond Jabès et la question du livre, op. cit., p.105.

[62] Ibid., p. 106. Derrida écrit dans La pharmacie de Platon de la différence entre le père du logos et celui du texte écrit, présent le premier, absent le deuxième, « la spécificité de l’écriture se rapporterait donc à l’absence du père».

[63] Entretien d’Antoine Spire avec Jacques Derrida, Jacques Derrida : « Autrui est secret parce qu’il est autre », in « Le Monde de l’éducation », n. 284, septembre 2000, p. 21.

 

© 2005 Francesca Manzari

Francesca Manzari est chercheur à l’université d’Aix en Provence et à l’Université Alma Mater de Bologne. Elle termine un doctorat sur l’écriture de Derrida. Elle a récemment publié un hommage à Jacques Derrida dans la revue Marges Linguistiques.